Sam Savage
Firmin - Autobiographie d’un grignoteur de livres
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy
illustrations N&B de Fernando Krahn
Actes Sud, mai 2009
203 p. - 18,00 €
La rumeur s’en est emparée et les articles ont paru, les uns après les autres, à chacun son éloge, sa formule pour encenser ce premier roman écrit par un sexagénaire américain. Mais il ne suffit pas d’un consensus mou pour faire un chef-d’œuvre, encore faudrait-il que les lecteurs suivent et que l’engouement soit général. Et c’est bien là que le hic surgit. Car, face à mon incrédulité et à mon absence d’enthousiasme démesuré, je suis allé lire les blogs, forums et autres commentaires laissés sur Internet par ceux qui se sont précipités chez leur libraire dès le premier article paru. Et là, il faut bien le dire, les commentaires sont plus que partagés voire mitigés dans le sens de la déception. Comme quoi, à trop crier au génie, à imposer une lecture faute de quoi vous passeriez à côté d’un monument, vous sollicitez trop l’attente. Et la douche est bien froide.
Oui, ce livre est une jolie trouvaille, l’idée de cette souris intelligente qui se cultive en mangeant les livres ouvre des possibles, mais ce n’est pas avec quelques citations que l’on fait un roman intelligent. Et le parallèle marketing trop souvent cité avec Ratatouille, le célèbre rat de Walt Disney pose la barre bien trop haute. Autant le jeune chef cuisinier est une totale réussite (dans son caractère, son comportement, son histoire), autant le jeune apprenti lecteur paraît palot et sans épaisseur ...
Lequel se nomme Firmin et vit le jour dans les années 1960 dans la cave d’une librairie de Boston, dans un nid creusé à la force des mâchoires dans un livre épais, le célèbre Finnegans Wake. Le quartier est à l’abandon, et ses douze frères et sœurs ne lui laissant que peu de choix, Firmin décide de se nourrir de livres plutôt que du lait fortement alcoolisé que sa balourde de mère leur propose en guise de repas.
A force de dévorer les ouvrages, Firmin fabule et s’imagine Joyce ou Hemingway quand ce n’est pas en Tolstoï qu’il se figure pouvoir affronter dans son quotidien les affres de la fatalité ...
Si ce livre est venu jusqu’à nous c’est qu’il a rencontré un petit succès en 2006 lors de sa sortie aux USA. Un succès méritant fait à la force du bouche à oreille issu de l’Amérique profonde ; laquelle, sans généraliser, n’est pas connue pour son immense culture générale. Le lecteur européen et plus particulièrement français demande plus. Cet ouvrage serait donc à conseiller plutôt à des adolescents qu’à un lectorat adulte.
publié sur Le Littéraire, le 29 juin 2009.