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Si respirer



Salah Stétié
Si Respirer
avec des dessins de Christiane Vielle
Fata Morgana, 2004
40 p.- 11,00 euros


LIRE DES EXTRAITS


Si vous n’êtes pas parmi les trente cinq privilégiés qui, en avril 2001, purent s’offrir l’un des exemplaires in-quarto jésus, comportant chacun cinq eaux-fortes originales du peintre, voici donc, tirés de l’édition originale, une version grand public avec, néanmoins, de magnifiques dessins de Christiane Vielle qui ponctuent le poème.

Quatorze courtes strophes, rédigées en prose, fait singulier dans l’œuvre de Salah Stétié qui écrit plutôt en vers libres, nous emmènent au pays de l’amour passion, du physique attrait, du sensuel parlé et du sexuel ressenti. Bouleversante d’émotion, cette ballade du tendre sur la carte des étoiles terrestres est un enchantement.

Tout poète a sa muse, en songes ou dans son lit, qui lui donne le tempo, le rythme mais aussi le réel toucher dans le pli de son amande cachée sous les hautes herbes de feu. Il semble qu’ici, en témoignent la musique et les chants, pour nous inviter à partager la passion du poète pour sa muse, que la femme qui enflamme son quotidien, qui veille à la fureur de ses nuits, est bien réelle.
Ombre de l’ombre du poète, marchant main dans la main dans le jardin aux mille roses, et au jasmin grimpant vers les toits, fenêtres donnant sur le céleste, l’horizon vertical du noir destin qui sera un jour le couvercle du monde, la muse parvient à bousculer l’inexorable marche vers le non-retour, ouvrant le soleil dans l’éclair de sa peau.

Derrière les branches profondes, à l’extrémité du sable, la lampe est source, vivier d’une autre étape. Sous l’huile qui irradie, deux corps descendus des âmes esseulées se font face dans la nuit minérale.
Puis la neige.
Et « la lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit. » Fondre dans l’autre, fuite des liquides, embrasement des aspects.

Cet amour est-il encore parmi nous ?
Si respirer dans le rougeoiement de l’espace stigmatise la frontière, celle-ci ne peut être qu’éphémère, volage, induite dans l’espace qui n’est pas clos. Alors un pont jeté sur l’infini offrira aux amants le passage vers l’horizon, dans la fureur des vagues, sous le soleil exactement. Et la lune. Le jour de la nuit, la nuit dans le jour au son du violon qui sera brisé pour marquer le corps offert, les cuisses qui s’entrouvrent dans le port, dernière étape d’une rivière en crue qui dévala les pentes froides des collines aux corbeaux, pour venir s’éteindre dans la coupe d’une colombe.

Aimer n’est donc pas raisonnable, nous dit Salah Stétié, mais aimer est incontournable, inestimable. Aimer jusqu’aux larmes car « ton nom est pierre ronde, galet léger. » Aimée qui sonne dans l’éther des mondes, syllabes trois fois répétées dans un cri muet, qui es-tu ? :
« Ô mon intime ! ne me dis pas ton nom. »
Alors seul le jeu de rôles sur l’autel de la chair ? « Retire aussi ta robe et donne-nous ta main de rhétorique. Un miroir nous habille. Et derrière lui, c’est le vent plus vif qu’un singe. Le vent, le vent, son visage est presque fou ... »
Puisqu’il faut partir, un jour, qu’il soit dit que rien n’aura été laissé au hasard, pas de regret, pas d’amertume, « la lumière s’en va rejoindre l’olive là où l’olive est en voie de se former. Par effraction, elle s’introduit dans la maison de l’olivette qu’elle vêtira sobrement, puis qu’elle tuera. »

publié sur Hermaphrodite, le jeudi 26 février 2004.


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