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Hommage à la nation palestinienne

Mahmoud Darwich & Rachid Koraïchi
Une nation en exil / Hymnes gravés
suivi de La Qasida de Beyrouth
236x307, relié
illustrations noir & blanc et couleurs
avec des textes d’Elias Sanbar et Abdelkebir Khatibi
traductions de Abdellatif Laâbi et Elias Sanbar
calligraphies de Hassan Massoudy et Kamel Ibrahim
coédition [barzakh] / Actes Sud, mars 2010
142 p ; - 39,00 €

Alors que certains imposteurs osent encore évoquer la nation hébraïque comme seule dépositaire de l’histoire palestinienne, et renvoyer les descendants des cananéens errer dans les pays arabes limitrophes, pour justifier un territoire israélien sur la négation d’un peuple, qui irait du Golan au Sinaï inclus, une voix a su percer parmi les thèses politiques et xénophobes pour marier la justice à l’art, la raison à la poésie, l’amour à la musique psalmodiée du vers palestinien, témoin d’une culture omniprésente, d’un peuple demeuré debout face aux vicissitudes de l’histoire, une nation en exil mais non sans terre... Car n’en déplaise aux sionistes, Israël n’est pas une terre sans peuple pour un peuple sans terre mais bien le résultat du démantèlement d’un pays en deux entités pour combler un vide politique né d’une thèse démente servie par un antisémitisme croissant au XIXe et au XXe siècle.
On ne reviendra pas ici sur la genèse du drame palestinien. De cette immense tragédie a surgi une œuvre universelle, une poésie humaniste qui rappelle que l’homme cherche avant tout l’amour et la paix, mais qu’il sait aussi résister et se battre pour défendre sa terre si un colon vient à l’occuper.

En 1981, Rachid Koraïchi et Mahmoud Darwich se trouvent tous les deux à Tunis. Le premier y possède son atelier et le second y séjourne de temps en temps, attendant l’hypothétique application de la Résolution 242 de l’ONU pour rentrer à Ramallah.
Le peintre algérien et le poète palestinien se lient d’une amitié qui va nourrir leur travail respectif et donner naissance à cette Nation en exil, hymnes gravés, œuvre multiformes qui va s’enrichir au fil des années des participations de nombreux artistes arabes. En 1984, à Paris, l’irakien Hassan Massoudy intervient pour calligraphier les poèmes, puis en 1987 l’écrivain marocain Abdelkeder Khatibi ajoute un texte d’analyse, à la fois métaphysique et politique et Elias Sanbar apporte un éclairage sur cette singulière entreprise ; enfin, en 1991, c’est l’égyptien Kamel Ibrahim qui calligraphie le long poème La Qasida de Beyrouth pour lequel Koraïchi réalise vingt gravures.

Publié à l’occasion de la manifestation "Mahmoud Darwich, une vie de poésie" qui s’est tenue à Alger durant le mois d’octobre 2009, ce très beau livre reprend pour la première fois l’ensemble de ce travail si particulier. Une partie avait été exposée et publiée par la Fondation Darat el Founou d’Amman (Jordanie), en 1995. Ces dernières années, quelques-unes de ces pièces avaient pu être montrées au public français, algérien et espagnol ; mais toujours de manière fragmentaire.
C’est donc la première fois qu’un ouvrage présente tout le projet initial. On y trouve la totalité des eaux-fortes et calligraphies telles qu’imaginées par Rachid Koraïchi. Un premier volet où, à chacun des vingt poèmes de Darwich correspondent une gravure de l’artiste et une calligraphie de Massoudy. Un second volet, où La Qasida de Beyrouth entre en résonance avec vingt gravures de Koraïchi et autant de calligraphies de Kamel Ibrahim.
Un feu d’artifices pour les yeux, un baume pour le cœur. L’extase picturale...

Etonnante œuvre qui résulte d’un travail sur les braises quand on sait le regard, pour ne pas dire l’indifférence, que Mahmoud Darwich portait à ce type d’exercice. Il n’était pas porté par l’orgueil, mais cela l’éloignait de sa seule passion : sa langue. Alors il ne voulait pas s’égarer, être distrait par autre chose que son travail de recherche sur la langue arabe...
Oui, Mahmoud Darwich a vécu sa poésie dans sa langue - et seulement - à la manière d’un dévouement total, un sacerdoce qui ne tolérait aucun élément extérieur susceptible de venir briser l’harmonie qu’il tentait de construire dans le poème. Son art ne devait pas se trouver altérer par des parasitages. Darwich avait une conviction absolue : il savait que ses poèmes contenaient toute la force voulue, toutes les formes possibles, tous les modes d’expression adéquats, toutes les approches artistiques. Il devait donc les protéger de toute intrusion.
Il était donc hors de question de les illustrer. Ce que Koraïchi comprit d’emblée, axant son approche sur "la manière de saisir esthétiquement l’émotion à la naissance du poème"... de s’installer dans cette terre du poème pour glisser sur les échos de l’œuvre et trouver glaise commune.
A nous, alors, de nous oublier dans ce livre à l’émotion pure ainsi cristallisée dans l’éther du temps jadis, du temps futur, du temps porté hors du temps pour le seul plaisir du souffle. Force et splendeur : deux mots qui pourraient résumer l’impossible...

publié à la Une du Littéraire, le 7 avril 2010.


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