Beyrouth : Les secrets de la Maison jaune de Sodeco
En 2013 (enfin !) réouverture de l’immeuble...
La Maison jaune, l’immeuble Barakat... Quel que soit le nom qu’on lui donne, la Maison jaune, posée au carrefour de Sodeco sur ce qui deviendra l’une des plus violentes lignes de front de la guerre civile, est un des bâtiments iconiques de Beyrouth. Iconique en raison de son architecture, mais aussi de son histoire. Construite en deux temps dans les années 20 et 30, la Maison jaune revient de loin. Elle a tout connu, de la vie bourgeoise et douce d’avant-guerre, aux menaces de démolition dans les années 90, en passant par les snipers et miliciens embusqués pendant la guerre civile.
Rachetée en 2003 par la Municipalité de Beyrouth qui projette de la transformer en musée et centre culturel, la maison devrait subir prochainement une métamorphose. Avant le lancement des travaux, lorientlejour.com vous propose une visite guidée, en quatre épisodes, de l’immeuble Barakat, fermé au public depuis 2004.
Premier épisode, l’architecture unique de la Maison jaune.
C’est en 1924 que Youssef Aftimos commence la construction de l’immeuble Barakat. Architecte de renom, il a déjà à son actif la Tour de l’horloge du Sérail, le Grand Théâtre au centre-ville de Beyrouth et l’immeuble de la Municipalité rue Weygand.
Dans la Maison jaune, un nom que l’immeuble doit à l’utilisation du grès ocre, Youssef Aftimos se laisse aller à l’innovation et joue sur les ouvertures et perspectives. Quelques années plus tard, Fouad Kozah, jeune architecte, prend le relais et invite le béton et le style art déco dans la bâtisse. C’est la combinaison des idées et élans de ces deux architectes, aux styles différents et à quelques années d’intervalle, qui donnera tout son cachet au bâtiment. L’architecte libanaise Mona el Hallak nous fait découvrir les secrets de cette architecture unique. Avec la complicité de L’Orient-Le Jour du 30 novembre 2011.
Deuxième épisode : La vie heureuse dans la Maison jaune de Sodeco
Dans son cabinet, des milliers de personnes sont probablement passées pour des dents cariées, cassées, douloureuses. Ces patients sont une des tranches de vie du Dr Nagib Schemali. Une vie dont les témoignages et souvenirs se sont retrouvés abandonnés sur le sol de son appartement dans la Maison jaune.
Toutes sortes de documents, journaux, photos, lettres, brochures de cinéma, gisant dans un immeuble vidé et qui documentent la vie heureuse dans l’immeuble Barakat et dans Beyrouth, des années 1930 aux années 1970.
Parmi les cartes de visite retrouvées par l’architecte Mona el-Hallak dans la carcasse du bâtiment, celles de Fouad Chehab, Saëb Salam, Abdallah el-Yafi, Henri Pharaon, et bien sûr celle du propriétaire des lieux Nagib Schemali. Une carte sur laquelle on pouvait lire : Nagib Schemali, chirurgien-dentiste, Rue de Damas, arrêt Nasra. L’entrée de l’immeuble donnait sur un des arrêts de la première ligne de tramway de Beyrouth.
Avant la guerre, cinq familles occupaient les huit appartements de la Maison jaune : les Barakat, les propriétaires, les Ghattas, les Massoud, les Fallaha et les Schemali, sans compter les boutiques du rez-de-chaussée, dont une où sévissait le coiffeur Ephrem, inventeur autoproclamé du chignon "Achrafieh", et le seul à être revenu vivre dans l’immeuble à la fin de la guerre.
Mona el-Hallak a minutieusement récupéré les documents. Elle nous raconte la vie heureuse, celle d’avant la guerre, dans la Maison jaune. Avec la complicité de L’Orient-Le Jour du 7 décembre 2011.
Troisième épisode : Au temps des snipers
La façade criblée de balles le hurle : la guerre est passée, et bien passée, par là ! Plus que passée en fait, la guerre a pris ses quartiers entre les murs de la Maison jaune.
Les sacs de sable, les murs en parpaing, les meurtrières, les graffitis un peu partout, sont autant de traces laissées par les franc-tireurs qui, pendant les 15 ans de la guerre civile libanaise, ont "officié" dans l’immeuble Barakat. Un immeuble idéal pour ces semeurs de mort. Embusqués dans les pièces du fond de cet immeuble planté sur la ligne verte, ils pouvaient tirer en toute sécurité sur les passants qui se hasardaient sur le carrefour de Sodeco. Un "bonus" rendu possible par l’ingéniosité de l’architecture en enfilade pensée, 50 ans plus tôt, par Youssef Aftimos et Fouad Kozah. Une "transparence visuelle" qui fera le bonheur de Begin, Katol, Gilbert et Tarzan.