POESIE
TEXTES COURTS/ NOUVELLES
ARTICLES / ESSAIS
ACTUALITES
DE NOTRE TEMPS

ACTUALITES CULTURELLES
REVUE DE PRESSE !
LIENS
INDISPENSABLES

RIONS UN PEU...
BIBLIOGRPHIE


Miam-miam !

Chauffe-bain à céder

Ordures en ordre
Ecrire
  






L’Éternel sentit une odeur agréable


Jacques Chessex
L’Éternel sentit une odeur agréable
Grasset, 2004
223 p. - 18,00 euros

L’argent n’a pas d’odeur, c’est bien connu. Jacques Chessex, auteur suisse de son état, né en 1934 dans le canton de Vaud, jolie petite province sise sur les berges du lac Léman, traque donc en toute impunité d’autres fragrances interdites au pays du chocolat, de la banque et de la fiduciaire. Avec cette légèreté toute hélvète qui semble vouloir le dédouaner d’une mauvaise fréquentation. Ne l’oublions pas, nous sommes ici dans un monde bâtit sur les préceptes du sieur Calvin qui, avouons-le, n’était pas versé sur la gaudriole ni sur le rire. Plus constipé qu’un protestant (sic) le célèbre genevois instaura sur les esprits une rigueur et un constant rapport à Dieu. Piqûre sournoise de vertu qui se propagea dans les mentalités et torpilla toute la joie de vivre des paysans du coin. Ainsi, le gris est-il devenu la couleur officielle de la Suisse (avec Zurich qui fait partie du peloton de tête des villes au plus fort taux de suicide chez les 15-35 ans) et la repentance le sport national. Toujours agir en fonction de ce que Dieu pourrait en penser, suivre à la lettre ses indications.
Alors comment réagir lorsque les sens s’enivrent d’un suc plus fort que les autres ? Comment contrôler un corps qui vibre à l’appel de la mer qui s’échappe des cuisses des filles ? C’est tout le dilemme du pauvre Jules-Henri Mangin, jeune orphelin qui est doté d’un odorat particulièrement sensible. Et très réceptif aux effluves intimes. Les essences d’espèces rares et d’espèces communes, je les aurai cherchées dans le sexe des filles. Voilà notre fringant jeune homme sous dépendance, victime d’une Maria Elena trop belle, trop fougueuse, trop sensuelle aussi. Et puis c’est l’été. Au diable les recommandations des curés. Un été jurassien est sec, enflammé, jaune ... Maria Elena dégage son parfum de bête, son odeur de suc et de fourrure chaude qui envahissait lentement le jeune Mangin et le tuait à petit feu. <i>Mais ne sommes-nous pas des animaux, disent les Pères fondateurs, tant que l’Esprit n’est pas en nous ?

Jacques Chessex a un compte à régler avec Dieu : il n’y a qu’à jeter un œil sur ses précédents livres, de La Trinité (où, déjà, un trio sulfureux s’adonnait à une sarabande satanique sous la forme d’une méditation sur la mort, le désir et l’idée de Dieu) à L’économie du ciel sans oublier Sosie d’un saint, il nous a livré ses astuces, ses rêves, ses drôleries, ses drames aussi pour déjouer les tentations d’un Satan pas si diable que cela, et d’un Dieu point tout à fait miséricordieux. Comme quoi, selon l’endroit où l’on se place, la vision n’est pas la même.
C’est ici ce qu’il semble vouloir nous dire en nous contant les mémoires de monsieur Mangin qui se remémore ces funestes mois d’été. Cette initiation à l’amour libertin, au plaisir physique sans tabou ni jugement. Mais avec des conséquences désastreuses. Dans le rôle du pygmalion, Roger Vailland, célèbre écrivain et dramaturge. Un être fascinant dont la gloire était sulfureuse, politique, et son œuvre un défi à l’ordre. Cet intrigant accepte qu’une de ses pièces soit montée par une troupe de jeunes amateurs, troupe dans laquelle il puisera, tel le grand fauve à l’heure d’aller boire, sa coupe de chair fraîche qu’il partagera avec sa femme, puis avec Mangin, qui humera à s’en saouler la blessure aux fines lèvres tapies dans les fourrés innocents. Curiosité et désir seront les ingrédients qui nourriront la volonté pour passer les étapes, supporter la douleur, aimer le stupre, pour se gorger d’images humides d’un doigt glissant ou appuyant dans une fente où tous les parfums de l’Arabie se rejoignaient en symphonie de miel âcre et d’algue portée à la vague.

Malgré le drame, Mangin restera tel qu’en lui-même révélé : il chassera toute sa vie l’odeur magique, et s’adonnera aux petites annonces pour trouver celle qui s’offrira à être sentie, il continuera son petit commerce d’avis galants et de réponses, innocent trafic d’humaine myrrhe, d’encens d’aisselles et de bouches, d’ambroisie de seins pressés, d’épices de vals fourrés et de sorbets enfiévrés, de cuisses polies à la menthe, de jambes de lait dans [ses] jambes.
"Nous sommes, par Dieu, le parfum du Christ", écrivait Saint Paul. Soit, Dieu écrit doit par des lignes courbes, mais là fulgura quelque chose qui tenait à la fois du défi, de l’aveu et de l’adieu. Le sexe n’est pas l’amour, mais il est tout aussi dangereux lorsqu’il s’empare de l’âme et surtout lorsqu’il est pratiqué trop jeune dans un registre trop intense. Mangin en fera l’amère expérience.


publié sur Le Littéraire, le 14 mai 2004.


Le silence ténu de l’impossible
Il était une fois un formulaire 13-0021
perdu entre Bamako et Yélimané

Mort d’un pourri :
Karl Zéro rayé des cadres ?

En attendant Oster...
Teranova, et la poésie portée aux nues !
Entretien avec Lofficier & Formosa,
pour "Robur"
(BD phare du mouvement Steampunk)

Éclats de la violence
Pour une lecteur comparatiste des Illuminations d’Arthur Rimbaud

Manet et le tableau-objet
Imprimer