Et le feu tomba du ciel
Déferlante d’étoiles et de fumée noire
Sur les berges de la vie
Tomba du ciel la fumée noire
Masque de honte et tueuse d’étoiles
Annihilant ainsi l’idée de l’autre
Frappé brisé vaincu et humilié
La perversion de la force enchaînée
Par l’esprit unique de l’arbitraire
Beyrouth pleura
Premières victimes expiatoires des autodafés
Martyrs de la splendeur
Portant flambeaux et étendards
Une larme puis des torrents de pleurs
Pour une vie sans âme
Plongée sous l’effroi
Beyrouth s’abandonna
A la douleur initiale
Au plaisir solitaire
Du chaos
Naquirent la haine et l’amour
Et la forteresse du savoir et du plaisir
Devint matière morte
Où les vagues du désir
Explosaient
En crêtes de fureur et de jouissance
Beyrouth résista
Devenue du fait de l’échec et du temps
L’abri silencieux la tombe hurlante
D’une victoire esseulée laissée à l’agonie
Sépulture monumentale du plaisir et du savoir
Où la vie sans âme
Rampait d’abris en décombres
De ruines en abris comme une pendule
Marquant le ton à deux temps
Beyrouth supporta
L’insolence dépourvue d’artifices
Politique politicienne du billet vert
: nue et limpide
Offerte
La cité phare explosa d’un cri silencieux
Appuyée à la glissière du temps
Pour ne pas trop déranger l’ordre des choses
Beyrouth refusa l’immonde et pleura
Pliée sous le couteau du fasciste assassin
Celui qui coupe les seins des femmes
Les mains des enfants
Pleura la mer
Pleura la terre
Pleura le vent
Cri d’agonie pur et limpide qui résonna
Parmi les avenues bordées de pins
Où coule le fleuve du sang versé
Et brille le coutelas qui égorge et mutile
Et hurle la fille violée
La mère étripée
La vieille dépecée
Et regarde l’homme moderne
L’élu de l’azur
Le conquérant fier et distant
Ce carnage n’est pas le sien
Ces arabes ne sont pas d’ici
Ces arabes ne sont pas des hommes
Fruits d’une terre effacée
Fils de la poussière
Enfin libérés de leurs tourments
Ils retournent à la poussière ...
L’horloge du temps
S’est arrêtée sur Beyrouth
Et Beyrouth pleura Sabra
Pleura Chatila
Pleura
Pleura les larmes des innocents
Ces absents de l’histoire
Beyrouth se présenta
Fille d’amour
Fille de cœur fille de la nuit
Impudique dans l’authenticité de sa volonté
Séductrice mais malicieuse
Elle tangua sous l’azur innocente
Dansa devant le visiteur perplexe
Hurla siffla cria
Ses maux pour mieux s’aimer
Et chercha de guerre lasse
A saisir l’instant second de l’autre côté
Pour mieux troubler son invité
Son ami
Beyrouth admira
Ces enveloppes charnelles soudain libérées
De la suie qui leur collait au visage
De l’acide qui tachait leur peau
Libérés ces elfes des cachots humides
Rendus au vent de mer
A la rosée des matins
Enfin pouvoir sourire
Au soleil qui se lève
Pleurer du bonheur d’être ensemble
Respirer les embruns
De la Méditerranée sœur fidèle
Qui accompagna les hommes taupes
Sur le long chemin de la Rédemption