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Dieu, son ou ses fils, et les autres
par Gilles Lestrade
(le dimanche 29 février 2004)




Le débat partisan orchestré autour du film de Mel Gibson et la virulence des prises de positions de part et d’autre nous laisseraient totalement indifférents si nous ne relevions pas dans ces gesticulations médiatiques planétaires deux phénomènes inquiétant.


Le premier qui consiste à attiser les désaccords en en rajoutant toujours un peu pour qu’à l’échelle du globe naisse une polémique qui permettra de lancer une campagne de publicité gratuite et efficace autour d’un produit commercial appelé La passion du Christ. Si l’on en croit les hectolitres d’encre, les tonnes de papier, les heures d’antenne et autres forums consacrés à ce film depuis quelques temps, l’opération médiatique a fort bien fonctionné et les dollars tombent dans l’escarcelle du producteur, réalisateur, acteur et surtout, homme d’affaires, Mel Gibson.

Le deuxième, plus inquiétant, consiste à s’étriper autour d’une vérité que chacun des deux camps est persuadé de détenir. Qui a tué Jésus de Nazareth ? Tout être sensé s’en contrefoutrait, s’il n’y avait pas cette affirmation, jamais vérifiée, mais admise par le plus grand nombre : ce mec était le fils de Dieu.
Permettez moi d’en douter, puisque je doute de l’existence de Dieu, soi-même.

Dès lors, qu’il s’agit d’un quidam qui s’est fait trouer le côté, « couronned’épiner » et crucifier, l’on ne voit pas où il y a matière à polémiquer, d’autant que la pratique était courante en ce temps là.
Ce n’est pas parce qu’un hurluberlu s’est autoproclamé « fils de Dieu » pour épater sa bande de copains que nous devons, 2000 ans après, subir les conséquences de cette plaisanterie au goût douteux.
Déjà que la même plaisanterie a mis depuis lors la terre à feu et à sang et que la soi-disant intelligence de l’être humain ne lui a pas permis d’assimiler son inexorable solitude planétaire et cosmique, qu’on nous foute la paix avec les œuvres commerciales qui gravitent autour de la mort d’un illustre inconnu que quelques fanatiques ont porté au triomphe et défendent encore bec et ongles.

Que l’on nous parle du petit palestinien qui est tombé sous les balles de Tsahal ou qui a été écrasé par la maison de ses parents laminée par un bulldozer israélien.
Que l’on nous parle de la mort du petit iraquien écartelé par le missile américain sur un marché bondé, ou ailleurs,
Que l’on nous parle du petit vietnamien brûlé au Napalm et courant sur une route déserte avant de mourir dans d’atroces souffrances.
Que l’on nous parle des morts sous la torture en Algérie française dans un temps pas si reculé où les borgnes s’en donnaient à cœur joie.
Que l’on nous parle du petit africain qui meurt de faim, de soif, de la rougeole, de la méningite ou du sida dans l’indifférence des nations et que l’OMC condamne doublement à mort en lui refusant les médicaments génériques.
Que l’on nous parle du petit français, oui, du petit français, [1] qui vit au-dessous du seuil de pauvreté et que le baron Ernest-Antoine Seillière a programmé pour la délinquance, le chômage ou, dans le meilleur des cas, la précarité.
Que l’on nous parle des 15 000 personnes âgées qui sont mortes de chaud à la fin de l’été 2003 avec la complicité passive du gouvernement de la France d’en haut.
Que l’on nous parle des sans abris qui meurent de froid, chaque nuit, en l’an 2004 après le J.- C. dont il est question ci-dessus, dans le silence assourdissant des médias complices du pouvoir,
Mais qu’on nous foute la paix avec la pompe a fric fabriquée par Gibson et ses complices.
Et que les groupies se rassurent, le film ne sera pas interdit, le nombre des entrées dépassera tous les pronostics et dans 3 mois plus personne ne se souviendra d’une polémique qui aura au moins eu le mérite - aux yeux de ceux qui ont en charge de vous désinformer - de vous faire oublier, pendant un temps, la réalité des misères quotidiennes, passées, présentes et à venir dont nous avons énuméré une infime partie, ci-dessus.

Dieu vit que la pellicule avait le don de multiplier les dollars, il vit que cela était bon pour les investisseurs et pour les producteurs et Dieu leur dit : ne reculez devant rien, endormez les foules, faites leur miroiter les mirages, dites-leur que ceux qui ne croient pas en vous seront châtiés dans d’atroces souffrances. Faites du fric en mémoire de moi.

Autre chute alternative possible :

Puis Dieu dit : Faisons les maîtres du Monde à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il dominent sur les hommes et les femmes, sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa les maîtres de Monde à son image, il les créa à l’image de Dieu, il créa les banques et les multinationales. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, pillez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les hommes et les femmes, sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit : Voici, je vous donne la planche à billet mettez-vous en plein les fouilles, ne reculez devant rien, pillez, tuez et assassinez en mon nom ; faites de la terre un champ de bataille à la condition que les plus riches soient encore plus riches et que les plus pauvres soient encore plus pauvres. Faites-le en mémoire de moi. [2]

PS.Que ceux qui seraient choqués par cet article se rassurent, je suis tout aussi choqué par cette quasi-obligation faite à tout homme, dès sa naissance, d’adhérer à une croyance divine, quelle qu’elle soit.



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