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Vendez des armes, vous serez ambassadeur... |
À PROPOS DE L’IMMUNITÉ DE PIERRE FALCONE |
La nomination du marchand d’armes Pierre Falcone par l’Angola, comme ambassadeur à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour la science, la culture et l’éducation), démontre une nouvelle fois l’incongruité du système dans lequel nous vivons ; et qu’il est grand temps de le réformer...
N’en déplaise à certains, le mot réforme est le seul qui me vient à l’esprit. Qu’est-ce que c’est que cette immunité de pacotille que l’on nous sert ici ?
Cela me rappelle trop l’immunité du zaïrois qui faucha deux adolescents en plein Nice il y a quelques années, à plus de cent kilomètres à l’heure, et qui regagna bien vite son pays alors que les deux gamins n’étaient pas encore enterrés.
L’affaire Falcone tourne à la crise diplomatique et à l’imbroglio judiciaire, titrent les journalistes. Mais c’est plutôt à une farce que l’on assiste.
Koïchiro Matsura, le directeur général de l’UNESCO, ne décolère pas depuis qu’il a appris la nouvelle. Mais il a beau avoir convo-qué l’ambassadeur d’Angola, Son Excellence David Sanguende, pour tenter d’y voir plus clair sur la nomination du businessman comme ministre plénipotentiaire de l’Angola auprès de l’organi-sation, le discours ne change guère. Les malins connaissent leur partition : à l’UNESCO, le DG n’a aucun droit de regard sur la désignation des diplomates.
Si l’affaire demeure, Falcone sera donc le deuxième larron à bafouer ainsi les institutions suprêmes : il y a plus d’une décen-nie, un diplomate bolivien avait fui la place Fontenoy, accusé de trafic de stupéfiants... pour revenir une paire d’années plus tard comme ambassadeur (sic).
Pendant ce temps, que croyez-vous qu’il fit notre héros, Falcone-le-magnifique ?
Il s’est envolé ce week-end, tel Mandrake le magicien des sauf-conduits : sitôt sa carte diplomatique en poche, le marchand de canons a pris la tangente, direction Londres, où tout le monde sait que la justice est lente et n’aime pas extrader (voir le cas Pinochet, par exemple).
Un doute subsiste : Falcone a-t-il légalement quitté le territoire français ? Ses avocats l’affirment. Le Quai d’Orsay et la Magi-strature doutent. Explication.
Le statut de membre d’une délégation nationale auprès de l’UNESCO ne confère pas une immunité diplomatique totale, mais partielle et limitée "aux actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions". Dans le cas de Pierre Falcone, soumis à un strict contrôle judiciaire lui interdisant notamment de quitter le pays, "il ne peut partir de France que s’il peut justifier de son activité auprès de l’UNESCO, dans le pays où il se rend."
A-t-il déjà une mission de la plus haute importance à Londres ? J’en doute.
Doit-il porter un message personnel au président Eduardo Dos Santos, pour justifier son voyage à Luanda en fin de semaine ? J’en doute (à moins qu’il ne veuille lui dire merci de vive voix).
Mais qu’aurait-il donc à faire pour le compte de l’UNESCO dans son ranch en Arizona ?
Le juge Philippe Courroye, en charge de l’instruction de l’affaire des ventes d’armes à l’Angola, est sceptique.
J’ose penser qu’il ne devrait point l’être. Une fois au pays des Bush et autres dingues du fric et de la gâchette, et en sus en Arizona, pourquoi voulez-vous que le sieur Falcone mette le nez dehors ? Entre ses putes et son whisky au goût suave des choses qui n’ont pas de prix (du sang des innocents), il sera comme un coq en pâte... Ne lui manquera plus qu’un lord anglais pour lui donner du Sir et l’Eden sera pour lui.
Alors, oubliées les contraintes du contrôle judiciaire auxquelles il est soumis, à commencer par l’obligation de pointer chaque semaine au commissariat de son arrondissement. Un commissa-riat dans un ranch ? Vous n’y pensez pas...
Car, même avec une immunité partielle, le Parquet sait très bien qu’il est pieds et poings liés car cette immunité interdit quiconque de l’empêcher d’exercer sa fonction de diplomate et donc de le placer en détention.
Pierre Falcone rentrera-t-il en France plus vite que prévu ?
On prend le pari que non ?
Par contre, je me pose la question, plus générale, des immunités diplomatiques.
Car, que ce soit dans le quotidien (les voitures aux plaques vertes qui se garent n’importe où, ne respectent pas le code de la route ni les usages et écrasent parfois des piétons) ou dans l’exceptionnelle (et si un jour Ben Laden avait un passeport diplomatique qui lui serait donné par un minuscule état, style Les Comores, il deviendrait intouchable légalement ; amusant non ?).
Le concept d’immunité - et cela vaut aussi pour nos chers élus - ne doit pas être un dû mais représenter un devoir. Celui de se comporter en homme responsable, d’être habité par un idéal d’excellence (vous représentez officiellement un pays, des êtres humains, vous leur devez un certain respect, et des comptes, aussi) et de se conformer aux lois en vigueur dans le pays d’accueil.
En ce moment ce tient la conférence générale de l’ONU à New-York - avant celle de l’UNESCO, en octobre -, il serait peut-être bon de se pencher sur le problème.
PS -
Falcone-le-pourri a même un site, comme quoi, sur le Web on trouve vraiment de tout : le plus insupportable sur le site en question, reste la citation d’Eduardo Dos Santos sur la page d’accueil ; un vrai site à lire avec un sac hygiénique à portée de la main.
Vive l’Angola, vive les armes, vive la guerre... beuouarkk ! !
Oups, pardon.
publié sur Le Mague, le mardi 23 septembre 2003 |
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