En vertu des lois qui régissent les pratiques de la publication des écrits, et dans le cadre d’un débat démocratique que l’on peut encore se permettre dans notre beau pays, je réponds au billet d’humeur de Jean-Bernard Papi, publié dans le précédant numéro de Poésie Première, à sa voir le n°25 mars-juin 2003.
Et Dieu sait si je suis triste d’écrire ce papier. Lecteur de PP depuis le n°1, et fan de Papi depuis toujours, à chaque nouvelle livraison j’ouvre ma revue en cherchant son billet d’humeur pour le lire en premier. Nous avons eu le même éditeur, nous nous sommes croisés sur des salons, bref, nous étions presque des copains ... Mais là, je ne peux pas laisser passer ce qu’il a écrit.
De quoi s’agit-il ? Reprenons :
"Selon moi, c’est vrai l’islam est une religion d’idiots (...). Le martyr ira au paradis et (...) ‘recevra pour épouses 70 vierges et ne mourra jamais ...’ Soixante-dix vierges ? quelle connerie ! pourquoi pas 70 vieilles filles ! 70 putes, oui ça, ça permettrait de tenir l’éternité. Je vous le dis en vérité, l’islam c’est nul."
Comment peut-on dire une bêtise pareille ? Comment peut-on se laisser aller à un discours aussi réducteur, aussi simpliste et dénué de nuances ?
C’est un peu comme si je disais que son auteur n’a rien compris à l’Islam (et tout d’abord on met une majuscule monsieur Papi, car le respect commence par une juste présentation de ce que l’on nomme, je parie que vous n’écrivez pas christ mais Christ, non ?), et que cela est normal car on ne peut pas demander à un ancien militaire d’être intelligent, en plus ...
Qu’est-ce que cela apporterait ? Si ce n’est blesser le sieur Papi (ancien trouffion) et tout le corps militaire qui n’y est pour rien, lui, de la mauvaise humeur d’un de leur ancien conscrit, et qui n’y connaît rien en théologie. Alors pourquoi blesser ainsi des millions de gens, monsieur Papi, des millions de musulmans qui vivent en paix avec eux-mêmes et leur voisin ?
Pourquoi une telle morgue ? Pourquoi nier ainsi l’Autre ?
Une anecdote, vous qui aimez l’Histoire : sans l’Islam, sans l’empire de la Sublime Porte qui avait rassemblé les meilleurs artistes et artisans et architectes de toute la Mésopotamie, de toute l’Arabie et l’Orient méditerranéen alors que l’Europe mangeait encore avec les mains, sans toute cette recherche du beau et de la spiritualité il n’y aurait pas eu de Renaissance, ni italienne ni française, car ce que l’on occulte des livres d’Histoire, c’est de dire que la Renaissance n’est pas née de rien, comme cela sortie de quelques esprits de génie, mais qu’elle est née car la Sublime Porte a connu des revers et que tous les artistes, artisans et architectes ont fui Constantinople pour Florence et Venise, puis Rome et ensuite Paris. Sans les mulsulmans, ces idiots, ces nuls, vos ancêtres - et les miens - auraient continué à boire dans des bols en bois grossiers et à peindre des croûtes bercés par des musiques ringardes de troubadours ivres ... Sans parler de l’Andalousie, de Cordoue, de Grenade, des sites et des régions qui portent encore les stigmates de la culture idiote et ridicule des Arabes ...
Je suis triste d’avoir une nouvelle fois à remettre les pendules à l’heure. Je suis las de devoir encore une fois évoquer l’indispensable nécessité des différences, l’indispensable obligation de tolérance, l’indispensable ardeur à ne pas juger, à écouter, à se mettre une bonne fois dans la tête que l’Autre est différent ! Et que cela ne fait pas de lui un con, un métèque, un inculte !
Que l’on ne peut sortir une phrase ainsi d’un texte sacré et la donner en pâtures à des lecteurs qui n’auront pas tous le sens de la mesure. Que diriez-vous monsieur Papi si je sortais ainsi une phrase de la Bible et la tournait en ridicule, car il y en a, je vous assure.
Il n’y a pas de croyance nulle ou pas nulle monsieur Papi, il y a des hommes qui, en leur fort intérieur et dans leur cœur, sont convaincus de certaines choses, il y a des chrétiens (on pourrait dire chrétiens crétins, c’est de l’humour aussi, non ? vous ne trouvez pas ?), des juifs, des musulmans, des indouistes, etc. et cela ne regarde qu’eux, pas vous. Toute croyance ne regarde que celui qui la vie, c’est une affaire privée. Après il y a les institutions religieuses, qui, elles, sont critiquables, car elles politisent le sacré et s’en servent pour asservir les hommes. Puis il y a les extrémistes ... et là c’est l’immonde. Mais dans votre texte vous ne parlez que de l’Islam, donc du sacré, d’un texte que vous semblez mépriser, et que vous n’avez pas du lire à sa bonne mesure, si tant est que vous l’ayez lu en entier ...
Alors que l’on arrête de vilipender les musulmans parce que quelques centaines de malades mentaux terrorisent la planète. Les chrétiens ont eu leur lot, j’en prends comme exemple, entre deux extrêmes, les massacres de la guerre du Liban, et la victime d’un attentat dans une salle de cinéma parisien lors de la sortie du chef-d’œuvre de Martin Scorcese tiré du non moins chef-d’œuvre de Nikos Kazantzaki, "la dernière tentation (du Christ)".
Donc, un seul mot d’ordre monsieur Papi si vous ne voulez pas, vous aussi, tomber dans ce que vous dénoncer à longueur de page, la pensée unique : tolérance. Auquel on se doit d’ajouter, écoute, apprentissage de l’Autre, ouverture d’esprit, etc.
Un peu d’humanité, de grâce, par les temps qui courent, ce n’est pas trop demandé ...