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En Palestine, il ne reste plus que les maux pour le dire ! |
MAHMOUD DARWICH, EN PORTE-PAROLE DE TOUT UN PEUPLE OUBLIÉ ... |
Entre l’"Accord de Genève" et la "Feuille de route", les déclarations de Sharon qui est prêt à retourner à la table des négociations et les timides avancées du Hamas et du Jihad qui veulent bien accepter l’idée d’un « État palestinien couvrant toute la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem » à titre temporaire, on en oublierait presque qu’il y a des milliers de gens qui continuent à mener tant bien que mal une existence, que la société civile survit et que d’autres encore osent persister dans leurs idées, dans leurs pensées. En tête de ces insoumis, Mahmoud Darwich.
Alors qu’à Genève, du 10 au 13 novembre 2003, se tient un Sommet International sur les Autoroutes de l’Information, que l’on dit haut (sans rien faire) qu’il faut aider les pays du Sud à monter sur la Toile, il fallait donc un site, en français, pour que l’œuvre de cet immense poète puisse être connue, appréhendée, lue, etc. par un public français et francophone ...
C’est chose faite depuis quelques mois :
le site de Mahmoud Darwich.
Il a pour vocation de présenter le plus d’informations et de documents possibles sur l’œuvre de Mahmoud Darwich.
Ce poète hors norme de la culture palestinienne est un homme de paix et de justice.
Son œuvre majeure est connue dans tout le monde culturel arabe - et international - mais peu ou pas du tout en français, alors que tous ses livres sont traduits ... Voilà donc cette "injustice" réparée.
On peut y découvrir toute l’œuvre poétique en langue française, plus des bonus (comme dans les DVD !) inédits, articles, discours, poèmes que Darwich nous a offerts ...
Mais aussi le livret d’un opéra :
Ahmad al Arabi : Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich ; composé et dirigé par Marcel Khalifé.
On peut aussi prendre connaissance du film que Simone Bitton et Elias Sanbar ont réalisé sur Mahmoud Darwich :
Et la terre, comme la langue ....
Et bien évidemment, découvrir son dernier livre publié chez Actes Sud, Murale : affrontant le mystère et la mort, Mahmoud Darwich, évoque le dépérissement des êtres et leur désir d’éternité.
Murale s’achève comme un chant fluide et poignant qui rappelle les hymnes éternels de l’Orient ancien.
"Mon grand-père s’est replié sur son ombre abandonnée
Aucune herbe légendaire n’y a poussé"
Calligraphie de Ahmad Dari
On y accueille aussi les textes d’écrivains, de chercheurs, de passionnés qui ont écrit sur l’œuvre ou la vie de Darwich. Les derniers textes en ligne, sont :
Pluie sur la Palestine, de Salah Stétié ;
Inscris ! Je suis poète, de Mona Chollet ;
etc.
Et le petit dernier, un bijou que nous a déposé Pierre Grouix dans notre boîte mail en novembre ...
Extrait :
Le cassement du monde :
pouvoir fractal de la guerre dans l’oeuvre de Mahmoud Darwich
La guerre : Elle démolit notre pièce de théâtre pour nous contraindre à jouer sans texte ou dialogues.
La guerre : Mémoire des primitifs et des civilisés.
La guerre : Elle commence dans le sang,
La guerre : ... s’achève dans l’air.
Et la guerre : Elle fait une trouée dans notre ombre pour passer d’une porte à l’autre.
Parce que le conflit tragique d’une brûlure de l’histoire embrase sa terre natale soumise au gré de la mort (Samîh al-Qâsim) depuis cinquante ans, la guerre n’est pas, ne peut pas être pour un poète palestinien une abstraction, un sujet parmi d’autres.
Bien plus, de son ombre portée, elle strie les vers, ici dans une évocation sans fard, là en un rappel navrant. La présence pesante, lourde, écrasante et étouffante du mal est dite, et c’est contre elle que se dresse un poète résolument pacifiste, à qui les discours d’Arafat furent longtemps redevables des ailes d’une colombe. C’est la guerre déjà qui jeta sur le dehors des routes un enfant de huit ans, l’arrachant à une enfance collective, le projetant sans ménagement - manu militari - dans l’âge adulte de l’ailleurs et de la menace, faisant de l’exil le thème darwichien ("nulle autre identité que les tentes" ou "mon baluchon est mon village"). Du fait de la guerre et par la force aveugle des choses, l’homme de ces mots est à jamais un étranger (gharib). L’expatriement (hÿra, ghuba) qu’elles créent a valeur métaphysique.
Lire la suite.
Ainsi, Mahmoud Darwich, poète pris dans la tourmente de l’Histoire, gardien malgré lui de la mémoire de la Palestine, ne chante plus seulement l’amour, le plaisir et l’ode à la femme arabe, comme il aimerait tant le faire, marchant sur les traces de Abou Nawas, le poète maudit, chantre des plaisirs, mais il prend son stylo comme d’autre leur fusil, pour dire non à l’indicible, non à la négation d’un peuple, d’une culture, d’une nation. La Palestine a été, est et sera toujours quoique certains colons fanatiques prétendent dire ou osent faire ...
Lisons-le, écoutons-le, rendons-lui (et avec lui, à tout le peuple palestinien) la légitime place qu’il doit avoir dans un monde qui se dit libre.
publié sur Oulala, le vendredi 19 décembre 2003.
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