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Où l’on s’amuse à découvrir que les poupées russes - tout le moins en littérature - ne sont pas l’apanage des seuls écrivains slaves ; où l’on découvre le monde sidéral de la musique quand l’excellence doit s’appliquer à la technique comme à l’interprétation ; où l’on revisite l’histoire du Viêt-Nam ; où l’on vibre à l’avancée de l’enquête comme dans un polar. Mais ce n’en est pas un.
C’est une magnifique complication sémantique portée par un style admirable qui n’est pas sans rappeler un certain Boléro, avec un leitmotiv qui revient, jamais identique mais toujours dans la même chromatique avec un jeu infini des nuances. Un rythme d’écriture envoûtant qui imprime à la lecture une signature sans pour autant marquer le lecteur, l’empreinte est invisible mais sacrément efficace !
Trop de qualificatifs ? Sans doute, alors restons-en là afin de ne pas risquer de créer une trop forte attente et de voir un lecteur déçu ... Car ce deuxième roman (écueil traditionnel sur lequel se brise bien des carrières) est une réussite totale, tant au plan de la rythmique, de la narration que de l’intrigue qui rebondit jusqu’à la dernière page, digne d’un thriller des grands maîtres américains. En alternant les coupures de presse et la confession du narrateur, Minh Tran Huy parvient à imposer une ambiance qui tient en haleine jusqu’au bout.
Tirée d’un fait divers - la rocambolesque mésaventure de la pianiste Joyce Hatto - cette double vie met en scène "la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler". Et pour cause. Mais c’est à vous d’en découvrir le pourquoi, et pour cela de vous laisser aller sur les différents portraits dressés, sur le jeu des miroirs, des possibles et des rendez-vous ratés.
Vous suivrez l’itinéraire de cette petite fille d’origine vietnamienne, enfant surdouée dont l’avenir semble tracé et la conduire vers les salles de concert les plus prestigieuses. Mais une crampe à la main va retarder l’éclosion tant attendue. Heureusement, elle a rencontré Paul dans son petit village de Normandie quand elle était jeune, et les deux enfants qui n’ont pas encore dix ans, aux affinités électives, vont marcher de concert avec la musique. Leur amour se construira autour de la musique. Rien que la musique, toute la grande musique. Si bien que Paul va devenir un exégète de l’histoire musicale et de ses interprètes ... Ce qui lui sera d’un grand secours le moment venu, quand il faudra construire la légende d’Anna Song. La femme aux 102 CD.
Mais le scandale éclate. Anna Song n’aurait pas enregistré la moindre note. La rumeur s’emballe, la légende se fissure. Qu’en est-il exactement ?
Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus. Par contre, si vous recherchez un livre pour vous ouvrir de nouveaux horizons, des traditions ancestrales d’Asie à celui, plus cartésien, de la musique professionnelle, tout en vous laissant porter par une langue cinématographique précise et un rythme cavalier, histoire de vous redonner du peps avant d’attaquer la rentrée, ce livre-là vous donnera tout le plaisir et la force nécessaire pour tourner la page des vacances. Un livre coup de poing qui peint la force de l’amour dans tous ses excès.
Mais doit-on mettre des limites à une passion ?
publié sur Le Littéraire, le 30 août 2009.