LE COULOIR QUI CACHE LA FORÊT

En l’occurrence, j’ai noté dans les déclarations tapageuses de la Mairie de Paris, une volonté sans faille de faire respecter la sacralité des couloirs de bus, et d’entreprendre des représailles sans précédents à qui oserait (ô sacrilège !) y circuler sans y être autorisé.
Et pour cela l’on se met en frais : le contribuable parisien va acheter, via la Mairie, des dizaines de caméras dotées de systèmes électroniques ultra performants qui détecteront, aussitôt une demie roue posée dans le sanctuaire des bus, la plaque d’immatriculation du fautif qui recevra sous 48 heures, dans sa boîte aux lettres, une amende de ... 135 euro !
Si les temps n’étaient pas si dramatiques l’on pourrait en rire. D’autant que rouler dans le couloir de bus ne met la vie de personne en danger.
Par contre, brûler un feu rouge, cela tue des dizaines de piétons et d’automobilistes chaque année à Paris. Il y a des milliers de feux tricolores dans la capitale pour ... 3 caméras électroniques munies de flash qui veillent à photographier le contrevenant. TROIS !
Oui, vous avez bien lu.
Alors la remarque que je me fait, le jour où les statistiques montrent une baisse sensible des morts sur la route, alors que tout le monde essaye de sécuriser les routes, voilà que la Mairie de Paris, fidèle à sa démagogie (n’oublions pas Paris-Plage, deux mois d’embouteillages et de pollution pour redonner un peu d’air de fête aux quais de Seine : une manifestation pour les non-parisiens qui ennuient tous les parisiens), engage des frais conséquents, non pas pour sécuriser les avenues de la capitale, mais pour préserver ses couloirs de bus ! !
Ubu encore et toujours roi du monde !

Pour l’anecdote, j’ai croisé dimanche un bus conduit par une jeune femme, qui clignotait à gauche alors qu’il tourna à droite, sans doute parce que la chauffarde téléphonait depuis son mobile ?
J’ai une amie qui s’est retrouvée l’an passé à l’hôpital, bras cassé, après avoir fait un vol plané dans son bus car ce dernier, ayant brûlé un feu, s’est fracassé dans une voiture.
J’ai aussi interpellé un jour un policier, bras croisés à un feu, qui regarda passer le bus alors que le feu des piétons était au vert, et qui a haussé les épaules (pourquoi les chauffeurs de la RATP sont protégés par les syndicats ? ils peuvent tout faire, même tuer des gens au volant ?), etc. etc.

Oui les bus doivent avoir leur couloir libre pour circuler, mais leurs conducteurs doivent aussi respecter les codes de civilité ; non la Mairie de Paris ne doit pas engager des frais pour contrôler les couloirs de bus tant que tous les principaux feux tricolores de la capitale ne sont pas sous surveillance.

Quel élu osera prendre la parole à cet effet ?

(le 10 avril 2003)