Le printemps des chiens errants

Patrick Lowie
Le printemps des chiens errants
coll. "Capputchingo"
Biliki, mars 2009
101 p. - 12,00 €

L’édition indépendante belge compte quelques francs tireurs, dont Biliki fait partie, et aussi feu les éditions Que qui viennent d’être définitivement sabordées par Luc Pire ; mais qui vont renaître bientôt sous la forme d’une collection chez un grand de la place, je fais confiance à l’ami Bruno qui a plus d’un tour dans son sac.
Nonobstant, vouloir être décalé et tout prendre systématiquement à contre sens n’est pas, non plus, gage de talent, si bien que Rogerio Veloso, éditeur belgo-brésilien victime d’un tireur fou en gare de Bruxelles, n’est pas Ravi Pangloss dont Les béatitudes nous avait - enfin ! - sortis de notre quotidien grisâtre et fait pousser des hourra ! de bonheur littéraire et d’humour noir ...
Et donc Patrick Lowie n’est pas Stefan Liberski, ce qui fait que l’on reste un peu sur notre faim. Sans compter que la dite fin pourrait en tenter plus d’un d’en découdre physiquement avec l’auteur car, même si l’on a compris l’essentiel, mais que l’on reste dubitatif sur le dessein final, se voir asséner que dans ce cas, si "vous n’avez rien compris [c’est ] parce que vous êtes un homme moyen : un homme moyen est un monstre, un délinquant dangereux, conformiste, raciste, esclavagiste, poujadiste. Vous n’existez pas ... " pourrait donner des fourmis dans les mains, voire l’idée à l’entartreur d’aller entartrer le bien nommé donneur de leçons.

Bref, ce roman à clés part plutôt bien et l’on s’amuse à décoder les ficelles qui sont bien là pour nous faciliter la vie : la GHNAC pour la FNAC, Luca Peggio pour Luc Pire qui en prend pour son grade, et c’est tant mieux car après Nicolas Philippe - en France - la Belgique compte aussi son mégalomane malhonnête qui se prend pour un éditeur et cumule ce que l’on appelle, en conseil d’administration, les accidents industriels en voulant systématiquement prendre les lecteurs pour des cons. Les millions d’euros partent en fumée et l’on ne peut que rire de ses déconfitures successives et attendre patiemment que l’actionnaire majoritaire, un groupe allemand, siffle bientôt la fin de la partie pour que le sieur Pire retourne dans la cul de basse fosse qu’il n’aurait jamais du quitter, tant son esprit, son allure, son entregent et son rapport à l’autre tiennent plus du goret dans sa mare que de l’homme de lettres ...

Mais bon, quelques bonnes saillies ne font pas un roman. Dénoncer les biographies de stars de 25 ans, les nègres et les livres sur commandes, soit ; mais encore ?
Et que dire des délires de Rogerio sur son lit d’hôpital qui n’apportent pas grand chose à l’analyse du grand chaos du monde des Lettres ? A moins d’être personnellement impliqué dans le microcosme belge, certaines nuances ne m’ont pas sauté aux yeux. Suis-je seulement moyen ?

Attention, ce livre contient du T450.

publié sur Le Littéraire, le 7 mai 2009.